25/9/09

L'IMPLACABLE DÉMONSTRATION DE LORD NICHOLAS STERN

LE MONDE | 23.09.09 | 15h18


Est-il possible de concilier croissance économique et lutte contre le réchauffement climatique ? C'est le souhait exprimé par l'ensemble des chefs d'Etat qui ont pris la parole, mardi 22 septembre, à la tribune des Nations unies où ils étaient réunis pour essayer de faire progresser la négociation climatique. Mais que signifient concrètement ces propos dont l'un des mérites est de rassurer les opinions publiques ?
L'économiste britannique Nicholas Stern, connu notamment pour son rapport publié en 2006 sur l'impact économique du réchauffement climatique, a posé l'équation. Ses résultats montrent que les deux objectifs ne sont compatibles qu'au prix d'une révolution brutale qui permette de "casser le lien entre la croissance et les émissions de Co2". Est-il bien raisonnable dans ce cas de tenir de telles promesses ? Lord Stern, dans son nouveau rapport "Gérer le réchauffement climatique et réduire la pauvreté", ne se prononce pas, mais, pour la première fois, les conditions à remplir pour qu'un tel scénario devienne crédible sont posées.
La concentration actuelle de dioxyde de carbone dans l'atmosphère est de 435 parties par million (ppm), elle augmente de 2,5 ppm par an. A ce rythme, le seuil de 750 ppm sera atteint à la fin du siècle, entraînant un réchauffement de l'ordre de 5 °C, selon la communauté scientifique. Pour rester en dessous des 2 °C au-delà desquels les climatologues estiment que les conséquences du réchauffement deviendraient difficilement contrôlables, il faudrait diviser au minimum le stock de Co2 présent dans l'atmosphère par deux d'ici à 2050, soit le ramener à 20 gigatonnes. Au passage, M. Stern suggère que la communauté internationale arrête de se fixer des objectifs de réductions d'émissions en pourcentages et en se référant à des années passées - en l'occurrence 1990 - qui donnent lieu à d'inextricables discussions. "Il faut partir de la situation actuelle et mesurer très concrètement le chemin que nous devons parcourir", explique-t-il.
Lord Stern fait plusieurs hypothèses concernant la croissance économique des grands pays émetteurs, au cours des prochaines années : 2,5 % pour les Etats-Unis, l'Europe et le Japon ; 7 % pour la Chine et l'Inde ; et 5 % pour l'Indonésie et le Brésil. Testant plusieurs scénarios, l'économise britannique n'en juge qu'un seul compatible avec le développement des pays qui ne jouent pas aujourd'hui dans la cour des gros émetteurs : il faudrait que "les Etats-Unis, l'Europe, le Japon, mais aussi la Chine, le Brésil et l'Indonésie divisent par quatre l'intensité en carbone (c'est-à-dire la quantité de Co2 générée par un point de croissance) de leurs économies d'ici à 2030".
A défaut, la croissance des gros blocs économiques actuels serait assurée "sur le dos" du reste du monde qui représentera environ 4 milliards de personnes en 2030. Les plans nationaux de lutte contre le changement climatique sont encore loin de cette trajectoire.

Laurence Caramel (New York, envoyée spéciale)
Article paru dans l'édition du 24.09.09.

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